L’île des derniers baleiniers des Caraïbes 

Et dire qu’il y a peu, on ignorait jusqu’à son existence ! Notre petit équipage familial laisse le bateau au mouillage et découvre l’île au nuage (de son nom en indien Caraïbe) un peu comme un secret. Avec ses contours semblables à une pièce centrale de puzzle, ses flans montagneux vert pétant et ses eaux effrontément turquoise, Bequia (prononcez Bek-way) a tout d’une île au trésor. Elle est l’un des 4 endroits au monde où l’on pratique encore une pêche à la baleine au harpon traditionnelle mais controversée.

Bequia, la big little one des Antilles

Nichée au sein d’Admiralty Bay, Port Elisabeth est l’unique ville du lieu. Vivant essentiellement du tourisme sans pour autant se laisser déborder, Bequia la big little one sait charmer ses visiteurs.

Ici, pas de grands complexes hôteliers. On y trouve l’authenticité d’une petite île et de nombreux services dont les plaisanciers sont friands.

Embarqués en famille à l’arrière du pick-up de Terence, on part à l’assaut des quelques routes raides et sinueuses du territoire.

Bequia dévoile un arrière-pays propre et fleuri, pelé à ses sommets. De là haut, on admire, les mains sur les hanches, une vue épatante sur la baie et sur l’archipel des Grenadines.

Les couleurs des maisons ont le dessus sur une architecture coloniale. C’est qu’elle n’est indépendante du Royaume-Uni que depuis 1979.

Les derniers chasseurs de baleines des Caraïbes

 

 

La CBI (Commission baleinière internationale, qui siège d’ailleurs dans notre Suisse natale) autorise l’abattage de 4 baleines par an, considérant qu’il s’agit d’une « chasse aborigène de subsistance ».

C’est un point sensible car, contrairement aux sites nordiques de Russie, Danemark et d’Alaska, les locaux des 13° Nord ont appris cette technique des chasseurs yankees du 19ème siècle.

Cela dit, du fait de la disparition de la population ou d’un cycle naturel, aucune prise n’a été faite cette année pour une prise l’an passé.

En pratique, l’équipage de 4 à 5 hommes part en mer à la voile sur des baleiniers après avoir repéré le souffle.

L’embarcation doit s’approcher d’assez près pour décocher le premier harpon relié au bateau par une aussière. Un homme se charge ensuite de lui perforer le cœur avec un second harpon avant de la remorquer. À de nombreux moments, l’embarcation peut chavirer ou se faire entraîner par l’animal.

De retour à terre, on ne tarde pas à la dépecer. C’est jour de liesse sur l’île et chaque habitant viendra chercher sa part…

Rien ne se perdra.

On trouve d’ailleurs des décorations qui donnent le ton dans certains bars du coin tels que des tabourets en vertèbres de baleine.

« Sanctuaire » de tortues, vraiment ?

Un ancien pêcheur repenti a créé une structure pour récupérer les petits des nids des tortues, les nourrir et les élever leurs premières années de vie en captivité.

Les tortues sont  relâchées une fois suffisamment costaudes pour survivre « into the wild ».

À priori, l’idée est louable, surtout à une époque où les sargasses rendent les sites de ponte inaccessibles.

Mais soyons francs : sans être biologistes, le terme de sanctuaire nous laisse perplexes.

L’état des animaux et leurs conditions de « détention » fait peine à voir. Les tortues se mordent entre elles et déploient une énergie vaine à s’échapper de certains minuscules bassins.

Plusieurs sont malades et on peu toutes les toucher facilement.

Une intervention humaine dans l’organisation de la nature n’est pas simple et jamais anodine et les bonnes intentions sont parfois néfastes.

Nous n’avons pas eu l’occasion de discuter avec le fondateur en personne et avons des interrogations sur ses réelles motivations.

On se questionne également sur la capacité des tortues -relâchées parfois après 6 à 7 ans de captivité ?!- à renouer avec leur instinct naturel et le suivi qu’il existe pour légitimer l’existence de cet endroit.

D’ailleurs aucun partenariat d’aucune sorte avec une quelconque organisation des intérêts de ces animaux n’existe, ce qui est surprenant car dans le monde de la préservation, on n’est jamais trop nombreux.

Reste que le jeune employé avec qui nous avons difficilement échangé quelques mots semble être motivé et avoir une vision claire des améliorations à apporter.

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